Pourquoi ai-je l’impression de ne pas en faire assez en tant que maman?

Liste de tâches de maman entièrement cochée, et pourtant l'impression de ne pas en faire assez

Bienvenue sur « Maman qui sème » ! 

Vous avez parfois l’impression de courir du matin au soir sans jamais vraiment pouvoir souffler?

J’ai créé un guide pour vous aider à faire le point sur votre niveau de charge mentale et découvrir les premières pistes pour retrouver davantage de sérénité au quotidien.

Avez-vous déjà eu cette désagréable sensation que, quoi que vous fassiez, ce n’est jamais assez ? Cette impression de ne pas en faire assez en tant que maman, vous n’êtes pas la seule à la connaître.

Vous courez toute la journée, vous pensez à tout, vous faites de votre maximum… et pourtant, le soir, une petite voix vous dit que vous auriez pu faire plus : plus de patience, plus de temps de qualité, une maison mieux rangée, des repas plus équilibrés.

Mais sur quoi vous basez-vous pour conclure que ce n’est pas assez ?

Dans mon cabinet de psychologue comme dans ma vie de maman, je retrouve très souvent ce sentiment. On fait, on n’arrête pas. Pour reprendre les mots d’une maman que j’accompagne, on court « comme une poule sans tête » toute la journée. À la fin de la journée, on arrive éreintée, avec ce stress et cette agitation à l’intérieur. Je le vis aussi, et j’ai le sentiment que cela contribue à amener l’impression de ne pas en faire assez. Car pour juger si nous en faisons suffisamment, nous regardons aussi ce que nous ressentons intérieurement.

J’observe aussi une chose : nous jugeons souvent notre valeur de maman avec de mauvais indicateurs. Dans cet article, je vous montre les quatre pièges les plus fréquents… et pourquoi ce sentiment ne dit pas la vérité sur vous.

Vous préférez écouter plutôt que lire ? Je vous explique tout dans cette vidéo :

C’est quoi, « en faire assez » quand on est maman ?

Il n’existe pas de définition universelle de la bonne maman. Faut-il cuisiner tout maison, ou est-ce que des pâtes le mercredi soir suffisent ? Faut-il accueillir chaque émotion avec calme, ou a-t-on le droit d’être fatiguée ? Combien d’activités, combien d’autonomie, combien de temps d’écran ?

Chaque famille, chaque époque, chaque maman répond différemment. Et la plupart du temps, nous ne nous sommes jamais posé la question clairement.

Si vous n’avez pas défini ce que veut dire « assez », vous pourrez toujours faire plus.

Alors sur quoi nous basons-nous pour conclure que ce n’est pas assez ? Souvent, sur de mauvais indicateurs. J’en vois quatre.

Le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott proposait déjà une autre boussole dans les années 1950 : la mère « suffisamment bonne ». Pas une mère sans faille, mais une mère humaine, qui s’ajuste à son enfant comme elle peut et qui se trompe parfois. Pour lui, ces imperfections ordinaires font partie de ce qui aide l’enfant à grandir.

Alors sur quoi nous basons-nous pour conclure que ce n’est pas assez ? Souvent, sur de mauvais indicateurs. J’en vois quatre.

Piège n°1 : vous regardez surtout l’écart avec l’idéal

Quand on a des standards élevés, l’attention va naturellement vers ce qui manque. En thérapie cognitive, on appelle ça le filtre mental.

Quelques exemples :

  • Vous avez joué trente minutes avec votre enfant… mais vous retenez le moment où vous avez regardé votre téléphone.
  • Vous avez cuisiné toute la semaine… mais vous retenez les deux plats préparés.
  • Vous êtes restée calme toute la soirée… mais vous retenez que vous avez crié au moment du coucher.

Ce qui est bien devient normal et disparaît de l’équation et ce qui manque devient la preuve que vous n’en faites pas assez.

Ce filtre se nourrit souvent de « je devrais » : je devrais être plus patiente, je devrais jouer davantage, je devrais tout gérer sans m’énerver. La prochaine fois que vous en entendez un, demandez-vous : d’où vient cette règle ? Qui a décidé que c’était le minimum ?

Exigence saine ou perfectionnisme ?

Avoir envie de bien faire n’est pas un problème. La différence se joue dans la manière dont on vit l’écart.

            • L’exigence saine : « J’aimerais être plus disponible pour mes enfants. Ce soir, je pose le téléphone pendant le repas. »

            • Le perfectionnisme : « Je devrais être disponible tout le temps. Si je ne le suis pas, c’est que je suis une mauvaise mère. »

Une étude menée auprès de jeunes parents a d’ailleurs montré que les mères qui ressentent une forte pression sociale à être parfaites se sentent moins compétentes comme parent (Lee et coll., 2012). Plus on vise l’idéal, moins on se sent à la hauteur.

Piège n°2 : vous vous comparez à une mère imaginaire

Une amie fait des bricolages avec ses enfants. Une autre cuisine tout maison. Une autre semble toujours patiente. Une autre a une maison impeccable.

Sans vous en rendre compte, votre cerveau prend un morceau de chacune et fabrique une maman imaginaire qui réunit toutes ces qualités et c’est à elle que vous vous comparez. Le problème, c’est que cette maman n’existe pas. Par ailleurs, la comparaison est rude avec une maman qui réunit toutes ces qualités! On peut vite avoir le sentiment que ce que l’on fait n’est pas suffisant.

Les réseaux sociaux renforcent encore ce piège : vous comparez votre quotidien complet, avec ses cris, sa fatigue et sa vaisselle, aux meilleurs moments des autres. Une étude auprès de plus de 700 mères a montré que se comparer aux autres mamans sur les réseaux sociaux est associé à un sentiment de compétence parentale plus faible et à davantage de symptômes dépressifs (Coyne et coll., 2017).

La prochaine fois, posez-vous simplement cette question : à quoi suis-je en train de me comparer ?

La seule personne à qui l’on devrait toujours se comparer, c’est soi-même.

Piège n°3 : vous vous jugez sur le comportement de votre enfant

C’est sans doute le piège le plus douloureux.

  • Vous posez un cadre et il le transgresse.
  • Vous aidez votre enfant dans sa scolarité et il a encore des difficultés.
  • Vous avez tenté d’apaiser les disputes et ils se disputent encore!

Alors une petite voix conclut : « Je dois mal faire quelque chose. »

Pourtant, le comportement de votre enfant ne dépend pas que de vous. Il dépend aussi de son tempérament, de son âge, de son développement, de son environnement, de ses propres choix. Les chercheurs le savent depuis longtemps : l’influence entre parent et enfant va dans les deux sens(Bell, 1968).

Vous êtes responsable de ce que vous mettez en place. Vous ne pouvez pas contrôler tout ce que cela produira.

On sème… et chaque graine pousse à son rythme.

Piège n°4 : vous vous jugez sur vos pires moments

Vous avez passé une bonne journée. Vous avez été présente, vous avez géré mille choses. Mais le soir, votre cerveau ne retient qu’une chose : « J’ai encore crié. »

Ce n’est pas un hasard. Le psychologue Daniel Kahneman a montré que nous jugeons souvent une expérience d’après son moment le plus intense et sa fin. C’est ce qu’il appelle la règle pic-fin. Une soirée qui se termine en cris colore toute la journée.

Dix minutes de conflit n’effacent pas dix heures à prendre soin de vos enfants.

Et « j’ai crié » ne veut pas dire « je suis une mauvaise mère ». Vous pouvez toujours revenir vers votre enfant : reconnaître ce qui s’est passé, lui expliquer, vous reconnecter à lui. C’est ce qu’on appelle la réparation, et elle compte bien plus que la perfection. Le chercheur Edward Tronick, qui a longuement observé les parents et leurs bébés, rappelle que les décalages font partie de toute relation, et que c’est en les réparant que le lien se renforce (Tronick et Gold, 2020)

Ce que ce sentiment vous coûte

Ces quatre pièges forment souvent un cercle :

Je pense ne pas en faire assez → je remplis encore plus mes journées → je suis fatiguée et la tête ailleurs → je suis moins disponible pour mes enfants → je culpabilise → j’en fais encore plus…

Schéma du cercle du « jamais assez » : je pense ne pas en faire assez, je remplis mes journées, je suis fatiguée, moins disponible, je culpabilise, j'en fais encore plus

Comme un hamster qui court plus vite dans sa roue parce qu’il n’avance pas. Faire toujours plus nous éloigne parfois précisément de ce que nous cherchions.

Une recherche menée notamment par une équipe de l’UCLouvain montre d’ailleurs que vouloir être un parent parfait augmente le risque de burnout parental, et que les compétences émotionnelles atténuent cet effet (Lin et coll., 2023). Autrement dit, ce n’est pas votre amour qui est en cause. Et ce qui protège peut se travailler.

Si cet épuisement s’installe, si vous avez l’impression de ne plus rien avoir à donner ou de vous éloigner de vos enfants, ce n’est pas un échec. C’est un signal qui indique que vous faites déjà beaucoup et que vous avez besoin de prendre soin de vous.

Et si vous vous parliez autrement?

Derrière ces quatre pièges, il y a souvent la même chose : une manière très dure de se parler.

Essayez ceci : si votre meilleure amie vivait la même situation, que lui diriez-vous ?

C’est cela, l’autocompassion : vous parler comme vous parleriez à votre meilleure amie. Ce n’est ni un luxe ni une faiblesse, c’est une compétence qui s’apprend. Et ce n’est pas non plus se dire que tout est OK : vous pouvez reconnaître vos efforts et vouloir faire autrement la prochaine fois.

La recherche va dans le même sens. Dans une série de quatre expériences, les personnes encouragées à se traiter avec bienveillance après une erreur étaient plus motivées à s’améliorer et à réparer (Breines et Chen, 2012).

Pour en savoir plus, vous pouvez lire Qu’est-ce que l’autocompassion ? C’est aussi le sujet de ma prochaine vidéo.

Un exercice simple pour ce soir

Ce soir, avant de faire le bilan de votre journée, posez-vous ces trois questions :

1. Si je regarde uniquement les faits, est-ce vrai que je n’en fais pas assez ?

2. Ce que j’attends de moi est-il humainement réalisable dans ma vie actuelle ?

3. Quelle petite action serait vraiment alignée avec ce qui compte pour moi… et qu’est-ce que je peux décider de ne plus exiger de moi ?

Exercice pour ce soir : trois questions à se poser quand on a l'impression de ne pas en faire assez

À retenir :

  • Si « assez » n’est jamais défini, on peut toujours faire plus.
  • Votre cerveau filtre ce qui manque et oublie ce qui est fait.
  • La maman parfaite à laquelle vous vous comparez n’existe pas.
  • Vous êtes responsable de ce que vous mettez en place, pas de tout ce que cela produit.
  • Dix minutes difficiles n’effacent pas une journée entière.
  • Vous pouvez vouloir faire mieux sans vous considérer comme insuffisante aujourd’hui.

Et si la bonne question était ailleurs ?

Peut-être que la bonne question n’est pas : est-ce que j’en fais assez ?

Mais plutôt : est-ce que ce que je fais aujourd’hui est aligné avec la maman que j’ai envie d’être, compte tenu de mes ressources et de ma réalité ?

Moins de culpabilité ne veut pas dire moins d’exigence. Cela veut dire apprendre à vous regarder de manière plus juste.

À très bientôt,

Références bibliographiques

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Découvrez gratuitement votre niveau de charge mentale

Répondez à quelques questions et recevez votre bilan personnalisé ainsi que les premières pistes pour retrouver davantage de sérénité au quotidien et de présence avec vos enfants.

Découvrez gratuitement votre niveau de charge mentale

Recevez votre bilan personnalisé pour mieux comprendre ce qui vous pèse aujourd’hui et découvrez les premières pistes pour retrouver davantage de sérénité au quotidien et de présence avec vos enfants.

Découvrez gratuitement votre niveau de charge mentale

Recevez votre bilan personnalisé et les premières pistes pour retrouver davantage de sérénité et de présence avec vos enfants.

0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x